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512 REGISTRES
moyen de vivre, et l'estranger pareillement, estant submis a la devotion ou plustost tirannie d'un particullier, sera contrainct de chercher chez soy et en sa terre le moyen de cultiver et acoustrer telle marchandise.
"Il seroit facille d'inventer telz moyens d'enrichir et acquitter le Roy, moyennant qu'il vueille, si nous l'osons dire, estre seul marchant et avoir telz facteurs el commis en main, lesquelz ne pretendent rendre compte du gain, ou plustost larrecin, qu'ilz pretendent faire par leurs inventions mauvaises et reprouvées, lesquelz, au lieu de soy dire facteurs du Roy, pretendent obscurcir et pervertir les jugemens des meilleurs esperitz, en faisant offre dc deniers si notable qu'il semble impossible de congnoistre, à travers l'hameçon doré, et la proye qu'ilz pretendent ravir, tant au Roy comme à ses subjectz, pour satisfaire à leur avarice insatiable et mauldicte.
"Les nobles en la France n'ont jamais voullu exercer le, trafficq et négociation de la marchandise, chose à eulx deffendue, non pas que la marchandise soit deshonneste ou illicite à toutes personnes, mais, comme il n'est pas licite ne raisonnable que la noblesse soit divertie par telles occupations, la cause et fin principale a esté pour conserver la liberté du commerce et trafficq des marchandises, à ce que par la puissance, richesse et habondance des nobles le commerce ne feust preoccuppé par ceulx qui pourroient facillement entreprendre et mectre en leurs mains toutes les marchandises necessaires à ung royaulme ou contrée, ct contraindre le peuple d'achepter les marchandises à leur devotion.
«Il n'est besoing de dire que ung seul drappier, tondeur, taincturier et Cousturier auront moien en une ville d'enrichir, moyennant qu'il soit deffendu à tous autres d'exercer telz estatz.
k S'il estoit question de quelque myne d'or ou d'argent, alluvicres, sailines ou autres myneraulx et tresors cachez au ventre de la terre, que telz inventeurs eussent descouvertz en ce royaulme, ilz seroient grandement louables, mais de procurer seulz la négociation de la marchandise de pastel qui se transporte hors du royaulme pour supplanter les marchans qui vivent dud. trafficq en nombre infîny, et bannir les estrangers qui apportent deniers, aultres biens et marchandises en ce royaulme pour recouvrer pastel, est une maline invention et de personnes qui ne procurent en rien le bien du Roy ny de ses subjectz.
"Et quant à proposer aultres moyens moings dommageables pour le Roy et ses subjectz, dont Sa
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DU BUREAU [i565]
Majesté ne puisse estre secourue au rachapt du dommaine et dot de l'infante de Portugal, à prendre sur lad. marchandise de pastel, supplient Sa Majesté congnoistre qu'il seroit du tout impossible de prendre les deniers qu'il requiert sur lad. marchandise, sans perdre du tout, abolir etdestruire le faict et facture d'icelle, de laquelle l'habondance est l'une des premieres mynes et cause de faire venir deniers et aultres biens en ce royaulme, et la diminution dud. pastel seroit perte et dommage irréparable tant pour le Roy que pour son peuple. Et combien que la necessité de recouvrer deniers soit assez notoire, neantmoings il se dict vulgairement que bonne est la maille qui Saulve le denier, et maulvais le denier qui en pert deux. Si le dommaine de l'infante de Portugal et les deniers qui se transportent hors le royaulme sont clairs, le bien et deniers qui reviennent au Roy de la marchandise de pastel sont couvertz, nous pouvons dire, que qui vouldra considerer ies choses comme il appartient, qu'il revient plus au Roy de la négociation de la marchandise de pastel qui se faict en son royaulme que le dommage de quatre dotz de l'infante de Portugal, et que pour ung denier que le Roy pourroit imposer sur telle marchandise, sera cause en bref de luy en faire perdre trois, voire quatre, car l'augmentation et multiplication de telle marchandise en ce royaulme est l'ung des plus grandz tresors et richesses qui pourroit advenir au Roy et à ses subjectz, et la diminution une perte irréparable.
k II est certain que les grandz impostz sont cause de la diminution et de faire cesser le cours des marchandises, ainsi que le libre commerce est cause de l'augmentation.
"En l'année mil vc quarante six fut octroyé à Guillaume Legras et Jehan Rouvet qu'ilz vendroient douze mil muys de sel en la ville de Rouen, et fut deffendu aux autres marchans d'en vendre, le dommage pour le Roy et pour le peuple en est notoire.
«Les marais sallans nous rendent tesmoignage, et le rendront à la posterité, combien ceulx qui ont voullu enrichir le Roy par inventions fondées en apparences plus couvertes que celles qui s'offrent, combien le Roy et son peuple y ont eu de perte et dommage.
"On veult deffendre aux marchans François les marchandises regrattées pour les contraindre de faire les navigations et aller querir les marchandises es terres et régions où elles croissent, et on ferme les passages et la liberté du trafficque, tant au François
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